31 juillet 2025, par Aurélien BERNER
Fuyant la météo maussade de la Suisse, j’ai pris le départ depuis Montricher pour un vol itinérant en planeur, sans objectif précis, sans itinéraire tracé.
L’idée : suivre les thermiques, profiter d’un créneau météo favorable, et laisser le ciel décider. Trois jours de vol en toute liberté, sans stress de “vacher quelque part”, puisque justement, la vache était l’objectif.
Avec un peu de matériel dans le planeur, l’envie de voler loin, et la curiosité de voir jusqu’où l’air me porterait, j’ai découvert une autre façon de voyager
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Jour 1 – Montricher → Fayence 450 km – 5h
Je décolle de Montricher sans objectif précis, juste une belle fenêtre météo devant moi. Le plan est simple : suivre les bonnes conditions et improviser le reste.Je traverse le Jura, puis passe au sud par la Dent du Chat, la Chartreuse, et le Vercors. Chaque massif s’enchaîne naturellement, et l’énergie est bonne.Arrivé sur le Parcours Sud, je réalise que la journée n’est pas finie — alors une idée me traverse : et si j’allais voir la mer ?Direction Fayence, que j’atteins en fin d’après-midi, dans cette lumière chaude typique du Sud. Nouveau terrain, nouvelles odeurs, et la satisfaction d’avoir suivi les ascendances jusqu’à une autre région, sans plan, juste porté par l’air.
https://www.weglide.org/flight/659136
Jour 2 – Fayence → Puimoisson 650 km – 7h30
Je repars de Fayence avec une envie étrange : remonter vers le nord. Je longe la vallée de la Durance jusqu’à la Vallée Étroite, aux portes de la Maurienne, une zone austère mais magnifique.Les conditions me poussent à rebrousser chemin vers le sud, cette fois jusqu’à la Sainte-Victoire, silhouette emblématique.Je remonte ensuite au Mont-Ventoux, puis bifurque vers l’est. Je termine la journée à Puimoisson, posé au milieu du plateau, entre les champs et les parfums secs du soir.Une journée de contrastes, entre hautes Alpes et collines provençales, où la météo m’a emmené dans un grand tour impensable la veille.
https://www.weglide.org/flight/660245
Jour 3 – Puimoisson → Montricher 450km – 6h
Le créneau pour rentrer est bon. Je décolle tôt, et ça monte fort dès le départ. Je traverse rapidement la vallée de Barcelonnette et entre dans le Queyras.Grisé par les bonnes conditions du matin, je me laisse descendre un peu trop bas dans la vallée de Saint-Crépin, encore stable. Résultat : 1h30 bloqué à la pente, à gratter avec une vingtaine d’autres planeurs pour essayer de ressortir.Finalement, ça passe, et je poursuis vers le nord en contournant à l’ouest le Parc de la Vanoise, interdit sous 1000 m sol.Je décide de filer vers le Cervin, en vallée d’Aoste, où les bases sont bien plus hautes que côté suisse : 3900 m contre à peine 2800 dans le Valais.Au Cervin, à 3900 m, je me rends compte que j’ai la finesse pour rentrer à la maison. Cap Montricher, mais il reste un obstacle : le col du Sanetsch.Je me fraie un chemin au-dessus des bases, gratte encore 200 m à la crête à Besse, juste assez pour assurer le passage.Je traverse les Préalpes au-dessus des bases, presque en glissant, et termine ce vol incroyable à Montricher, là où tout a commencé trois jours plus tôt.
https://www.weglide.org/flight/660851
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Impressions
C’était la première fois que je partais en vol itinérant sans assistance, juste moi, mon LS8, et ce que je pouvais emporter à bord : un sac de couchage, un matelas gonflable, un chargeur de batterie, un peu de nourriture, quelques habits.Je suis resté dans les zones locales des aérodromes pour simplifier les choses, sans jamais trop m’éloigner d’un terrain accueillant.À Fayence, j’ai pu dormir dans les chambres du clubhouse, très confortables. À Puimoisson, où la tradition veut que ceux qui vachent soient hébergés gratuitement, j’ai été accueilli chaleureusement.Partout, j’ai rencontré des pilotes passionnés, des élèves curieux, des gens généreux toujours prêts à aider, discuter, ou partager une bière en fin de journée.Cette aventure m’a montré à quel point la communauté vélivole est accueillante, et combien le planeur permet de vivre une forme de voyage unique, entre improvisation et maîtrise, liberté et contraintes naturelles.
Le paquetage de voyage : et il y en a qui disent qu’il n’y a pas de place dans un LS8 😉
Aurélien